À l’occasion de la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies, tenue à New York, la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a une nouvelle fois porté la voix de Kinshasa sur la scène internationale. La Première ministre congolaise a dénoncé la recrudescence des violences sexuelles dans l’Est de la RDC, qu’elle qualifie d’armes de guerre utilisées dans le cadre du conflit impliquant notamment la rébellion AFC/M23. Devant la communauté internationale, elle a appelé à des sanctions contre les responsables et à une mobilisation mondiale pour la justice et la réparation des victimes.

Judith Suminwa Tuluka, a une nouvelle fois porté la voix de Kinshasa sur la scène internationale.
Lors d’un événement parallèle organisé conjointement avec le gouvernement ukrainien, la Cheffe du gouvernement congolais a dénoncé l’utilisation systématique des violences sexuelles dans le conflit qui secoue l’Est du pays.
Selon elle, la guerre qui ravage cette région depuis plus de deux décennies ne se limite pas aux affrontements armés. « À l’Est de la RDC, la guerre ne se déroule pas seulement sur les champs de bataille. Elle se mène aussi sur le corps des femmes, des filles et des enfants », a-t-elle déclaré devant l’assistance, évoquant une stratégie de terreur visant à briser les communautés.
Cette prise de parole s’inscrit dans le cadre du plaidoyer mené par Kinshasa pour obtenir des sanctions internationales contre les acteurs impliqués dans l’instabilité persistante dans l’Est du pays, notamment la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo et du Mouvement du 23 mars (AFC/M23), que les autorités congolaises accusent d’être soutenue par le Rwanda.
La Première ministre a rappelé que l’ampleur des atrocités commises en RDC avait déjà été documentée dans le Rapport Mapping des Nations unies publié en 2010 par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Plus d’une décennie plus tard, la situation demeure préoccupante. Citant des données de l’UNICEF, elle a révélé que les violences sexuelles contre les enfants ont triplé depuis janvier 2025 dans un contexte de recrudescence des affrontements armés.
Face à cette crise humanitaire, le gouvernement congolais affirme avoir engagé plusieurs réformes pour lutter contre l’impunité et renforcer la justice transitionnelle. Sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, Kinshasa a relancé la politique nationale de réforme de la justice (2017-2026) et entrepris la modernisation du système judiciaire, notamment à travers la numérisation des procédures et le renforcement des institutions.
La Cheffe du gouvernement a également mis en avant plusieurs mécanismes destinés à soutenir les victimes. Parmi eux figure le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), présenté comme un outil majeur pour passer d’une réponse humanitaire ponctuelle à une politique durable de réparation.
Autre initiative citée : le Plan national d’action sur la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, adopté en 2025, qui vise à renforcer la participation des femmes aux processus de paix et à améliorer leur protection dans les zones de conflit.
Malgré ces avancées, Judith Suminwa a reconnu l’ampleur des défis auxquels la RDC reste confrontée, notamment la persistance de l’insécurité, la difficulté d’identifier toutes les victimes et l’insuffisance des ressources financières.
Dans ce contexte, elle a appelé la communauté internationale à une mobilisation accrue. « Cette lutte ne peut être menée seule. Elle exige une solidarité internationale renforcée, des financements innovants et une mobilisation collective à la hauteur de l’urgence », a-t-elle insisté.
Pour la Première ministre congolaise, la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits dépasse la seule question sécuritaire. Elle touche, selon elle, à la dignité humaine et à la responsabilité collective des États.
« Les violences sexuelles dans les conflits ne sont pas une fatalité. Elles sont le résultat de l’impunité. Et l’impunité est un choix que la communauté internationale peut décider de ne plus tolérer », a-t-elle conclu.
En mission à New York depuis le 9 mars dans le cadre des activités consacrées aux droits des femmes, Judith Suminwa poursuit ainsi son offensive diplomatique pour attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC et plaider pour des mesures fortes contre les responsables des violences.
La Percée
