Une vague d’insécurité inquiète les habitants du quartier Bibwa, dans la commune de la N’sele à Kinshasa. En l’espace de deux semaines, cinq personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées lors d’attaques nocturnes attribuées à des hommes armés en tenue militaire opérant avec des gangs urbains. Excédés par l’inaction des forces de l’ordre, les habitants ont manifesté leur colère sur le boulevard Lumumba
Depuis près de deux semaines, le quartier Bibwa, situé dans la commune de N’sele, plongé dans la peur et
vit au rythme d’une insécurité grandissante. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des hommes armés portant des tenues militaires agiraient en complicité avec des Kuluna, ces gangs urbains qui sèment régulièrement la terreur dans certains quartiers de la capitale.
Les malfrats seraient impliqués dans des actes de violence allant des vols à main armée aux viols, en passant par des extorsions et des intrusions dans des habitations.
Le bilan provisoire fait état d’au moins cinq morts et plusieurs blessés en seulement deux semaines, tandis que d’importantes sommes d’argent et des biens de valeur ont été emportés.
Un notable du quartier, ayant requis l’anonymat, décrit une situation devenue insoutenable :
« L’insécurité a élu domicile dans notre quartier depuis deux semaines. Nous vivons dans la peur. Chaque nuit, ces hommes armés, souvent en tenue militaire et accompagnés de Kuluna, visitent les maisons », explique-t-il.
Le cas le plus récent remonte à la nuit du 9 mars, lorsque des hommes armés ont attaqué une famille entre minuit et trois heures du matin. Malgré les coups de feu et les alertes lancées par les habitants, aucune intervention policière n’aurait été enregistrée.

Un mode opératoire inquiétant
D’après plusieurs sources locales, ces groupes agiraient principalement après 20 heures, moment à partir duquel ils prendraient le contrôle de certaines artères du quartier. Souvent cagoulés et lourdement armés, ils circuleraient à bord de trois jeeps de la police, de couleurs jaune, grise et noire, qu’ils utiliseraient lors de leurs opérations.
Sous couvert de patrouilles, ils repéreraient les habitations à cibler avant de passer à l’action à la tombée de la nuit.

L’insécurité gagne les quartiers voisins
Le phénomène ne se limiterait pas à Bibwa. Des scènes similaires sont également signalées dans le quartier voisin de Nganda Sese, où des hommes vêtus de tenues militaires – présentées comme celles des FARDC, de la Police ou encore de la Garde républicaine seraient impliqués dans des actes de rançonnement visant des citoyens.
Plusieurs témoignages évoquent l’implication présumée de jeunes recrues récemment intégrées dans les forces de sécurité, bien que ces accusations n’aient pas été officiellement confirmées.
Colère des habitants et réaction des autorités
Face à cette situation, les habitants de Bibwa sont descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol. Des pneus ont été incendiés le long du boulevard Lumumba, dénonçant l’inefficacité des policiers censés assurer leur sécurité.
Certains résidents accusent même les forces de l’ordre de procéder à l’arrestation de jeunes innocents, qui seraient parfois libérés contre le paiement d’une caution.
Alerté par la situation, le bourgmestre de la commune s’est rendu sur place afin de constater la gravité de la situation et écouter les doléances des habitants.
Dans une ville de Kinshasa régulièrement confrontée à des épisodes d’insécurité, les habitants de Bibwa appellent désormais les autorités à restaurer l’autorité de l’État et à prendre des mesures urgentes pour mettre fin à ces violences qui, selon eux, se répètent chaque semaine.
Ariel K / CP
