La Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a procédé ce mardi au lancement du segment politique de haut niveau consacré au financement durable de l’éducation. Cette rencontre stratégique s’inscrit dans le cadre de la revue d’achèvement de la Stratégie sectorielle de l’éducation et de la formation (SSEF 2016-2025), organisée sous l’égide de la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu.
Une décennie d’expansion portée par la gratuité
Ce rendez-vous intervient à un moment charnière pour le système éducatif congolais. La décennie 2016-2025 a été marquée par une expansion sans précédent, portée notamment par la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement primaire, impulsée par le Chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Cette réforme a permis à des millions d’enfants d’accéder à l’école, redonnant à l’éducation une place centrale dans le contrat social congolais. Toutefois, derrière cette avancée majeure, plusieurs limites structurelles sont progressivement apparues.
Des fragilités structurelles mises à nu
Infrastructures insuffisantes, enseignants sous-payés et insuffisamment encadrés, faibles niveaux d’apprentissage et inégalités persistantes : l’expansion rapide du système s’est souvent opérée sans les bases nécessaires pour soutenir durablement sa croissance.
Face à ces défis, la République démocratique du Congo amorce un tournant stratégique. L’objectif de la future stratégie 2026-2030 est clair : passer d’un système en expansion à un système performant, équitable et résilient.
Un appel à une responsabilité collective
Dans son allocution, la Première ministre a insisté sur l’urgence d’une mobilisation collective autour du financement de l’éducation.
« Comment financer durablement un système éducatif inclusif et de qualité ? », a-t-elle interrogé, soulignant que le défi ne réside pas uniquement dans le volume des ressources, mais aussi dans leur efficacité, leur alignement et leur priorisation.
Le Gouvernement entend structurer son action autour de trois axes majeurs : garantir la soutenabilité des réformes, notamment la gratuité de l’enseignement ; investir de manière plus stratégique, en renforçant la formation professionnelle, la recherche et l’innovation ; et mobiliser davantage de ressources, en impliquant le secteur privé et en développant des mécanismes de financement innovants.
« L’éducation n’est pas seulement une priorité sociale ; c’est une condition de souveraineté, de stabilité et de transformation économique », a affirmé la Cheffe du Gouvernement.
Changer de paradigme dans le financement de l’éducation
De son côté, la ministre d’État Raïssa Malu a salué les avancées de la gratuité, tout en reconnaissant les tensions qu’elle a générées au sein du système éducatif. Elle a notamment évoqué un déficit structurel de financement, une fragmentation des ressources et des difficultés à généraliser certaines initiatives pilotes à l’échelle nationale.
Pour elle, un changement de paradigme s’impose : « Financer l’éducation ne peut plus être seulement considéré comme une dépense à couvrir, mais comme un investissement stratégique à piloter. » Cela implique des choix clairs, une meilleure coordination des acteurs et une culture axée sur les résultats mesurables.
Quatre priorités pour une transformation durable
Les travaux de ce segment politique s’articuleront autour de quatre priorités majeures : consolider la gratuité et envisager son extension progressive ; améliorer l’efficacité et la redevabilité des financements ; renforcer la formation professionnelle et l’alphabétisation ; et soutenir davantage la recherche, l’innovation ainsi que les compétences scientifiques.
À travers ces échanges, les autorités congolaises ambitionnent de dépasser le stade des diagnostics pour engager des réformes structurantes.
La future Stratégie sectorielle intérimaire de l’éducation et de la formation 2026-2030 devra concilier ambition et réalisme, avec des priorités claires, des financements cohérents et des résultats tangibles.
Au-delà des discours, c’est la capacité du pays à valoriser son capital humain qui est en jeu, dans un contexte où l’éducation apparaît plus que jamais comme un levier déterminant pour l’avenir de la nation, conformément au quatrième pilier du Programme d’actions du Gouvernement, axé sur un système éducatif performant, inclusif et équitable.
Ladya’s K
