*L’IGF au cœur de la prévention, mais la justice demeure le maillon essentiel
Pendant une semaine, les médias et les organisations de la société civile ont pris part à un séminaire de renforcement des capacités consacré au contrôle systémique, une initiative de l’Inspection Générale des Finances (IGF) visant à mieux faire comprendre les mécanismes de prévention et de lutte contre la corruption en République démocratique du Congo.
Au cours de ces assises, plusieurs intervenants ont exposé sur l’historique, l’évolution et le traitement de l’information relative au contrôle systémique dans le cadre du plan triennal de l’IGF.
Le vendredi 12 juin 2026, deux experts sont intervenus durant l’avant-midi : les professeurs Emmanuel Janvier Luzolo Bambi et Kodjo Ndukuma.
Abordant les mécanismes de lutte contre la corruption et les antivaleurs assimilées, le professeur Emmanuel Janvier Luzolo Bambi a rappelé que la corruption est un phénomène universel qui touche tous les pays du monde. Selon lui, la différence réside dans la manière dont chaque État y fait face.
« Il ne suffit pas de dénoncer la corruption mais les responsables publics doivent prêcher par l’exemplarité et adopter des comportements irréprochables », a-t-il souligné.
S’agissant du rôle de l’IGF, l’universitaire estime que les avancées enregistrées dans la lutte contre la corruption démontrent l’importance stratégique de cette institution dans la gouvernance publique et la protection des finances de l’État.
De son côté, le professeur Kodjo Ndukuma est revenu sur la thématique « Médias, criminalité et cybercriminalité : comment se prémunir ? ». Il a expliqué que le développement des technologies numériques et de l’intelligence artificielle transforme profondément les modes de contrôle et de gestion des données.
Selon lui, le contrôle systémique est avant tout un contrôle numérique préventif qui intervient dès la genèse des opérations afin de détecter et limiter les risques avant qu’ils ne produisent des effets néfastes.
Cependant, l’universitaire , le Chef de service, le professeur associé, Christophe Bitasimwa a rappelé que l’IGF ne constitue ni une juridiction ni un service de police judiciaire. Sa mission consiste essentiellement à constater les irrégularités, produire des rapports et les transmettre aux autorités compétentes.
C’est précisément à ce niveau que se situe, selon plusieurs observateurs, l’un des principaux défis de la lutte contre la corruption en RDC.
« L’IGF accomplit son travail de contrôle, mais la suite dépend largement des institutions judiciaires appelées à exploiter les rapports qui leur sont transmis », a-t-il fait remarquer.
Pour certains participants, la création d’un parquet financier ne suffira pas à lui seul à résoudre les problèmes de traitement des dossiers économiques et financiers. Ils estiment qu’il serait judicieux que les magistrats appelés à y exercer bénéficient d’une formation approfondie en matière de finances publiques, de gestion budgétaire et d’analyse financière.
À cet effet, plusieurs voix suggèrent au Chef de service de l’IGF, Christophe Bitasimwa Bahii, de plaider auprès des autorités compétentes pour le renforcement des capacités des magistrats qui seront affectés à cette future structure spécialisée.
Par ailleurs, certaines interrogations n’ont malheureusement pas été abordées durant les échanges. Parmi elles figure la question, notamment celle de la différence entre l’IGF des années 1978 – 1983 et l’institution actuelle, ainsi que les différences fondamentales dans son fonctionnement et son impact.
Une autre préoccupation majeure concerne l’efficacité concrète du travail de l’IGF sur la vie quotidienne des Congolais. Si l’institution se limite à constater les faits, documenter les irrégularités et transmettre les dossiers, comment garantir que les conclusions de ses enquêtes débouchent sur des sanctions effectives ?
Pour de nombreux observateurs, le véritable défi se situe aujourd’hui au niveau de la chaîne judiciaire. Sans une justice capable d’assurer le suivi des dossiers transmis par l’IGF, les efforts de contrôle risquent de produire des résultats limités.
Ainsi, malgré l’accompagnement des médias et de la société civile, la réussite du contrôle systémique dépendra largement de l’engagement des instances judiciaires à combattre l’impunité.
L’IGF joue un rôle essentiel dans la prévention et la détection des actes de corruption. Toutefois, la consolidation de l’État de droit exige une synergie efficace entre les organes de contrôle et la justice afin que les fautes constatées soient effectivement sanctionnées et que les citoyens puissent percevoir les bénéfices réels de cette lutte dans leur vie quotidienne.
SKM
