La Première Ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a reçu vendredi soir à la Primature le Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. Cette rencontre a permis au chef de l’OMS de réaffirmer le soutien de son institution à la RDC dans la lutte contre la nouvelle épidémie d’Ebola qui sévit actuellement dans l’Est du pays.
Une crise complexe, mais une expertise reconnue
À l’issue de l’audience, Tedros Adhanom Ghebreyesus s’est montré confiant quant à la capacité de la RDC à maîtriser cette nouvelle flambée épidémique. Malgré les défis liés aux mouvements des populations et à l’insécurité dans certaines zones affectées, il a souligné l’expérience considérable acquise par le pays au cours des précédentes épidémies.
« Nous savons que c’est une crise assez complexe, mais la RDC dispose déjà d’une vaste expérience dans la lutte contre le virus. Nous sommes convaincus que nous serons en mesure de contenir cette épidémie une fois de plus » , a-t-il déclaré.
Le Directeur général de l’OMS a également salué la vision de la Première Ministre, qui considère cette crise comme une opportunité de renforcer durablement le système de santé national. Il a mis en avant les efforts déjà entrepris par le Gouvernement congolais ainsi que l’appui des partenaires internationaux.
« Du côté de l’OMS, nous apporterons tout le soutien nécessaire au Gouvernement congolais », a-t-il assuré.
L’absence de vaccin contre la souche Bundibugyo demeure une préoccupation
Interrogé sur l’absence de vaccin et de traitement spécifique contre la souche Bundibugyo actuellement en circulation, Tedros Adhanom Ghebreyesus a rappelé que ce variant du virus Ebola a été identifié pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo, en Ouganda.
Selon lui, le nombre relativement limité de cas enregistrés lors des précédentes flambées n’a pas permis d’accélérer suffisamment les recherches scientifiques. Toutefois, plusieurs candidats vaccins et traitements sont actuellement en développement et pourraient être évalués dans le cadre de la riposte en cours.
En attendant, l’OMS continue d’appuyer les autorités congolaises dans les domaines de la surveillance épidémiologique, du suivi des contacts, du dépistage, de l’isolement des cas, de la coordination des partenaires et du renforcement des capacités opérationnelles sur le terrain.
L’OMS déconseille la fermeture des frontières
Le patron de l’OMS a également réagi aux restrictions imposées par certains pays aux voyageurs en provenance de la RDC. Selon lui, la fermeture des frontières ne constitue pas une solution efficace pour lutter contre Ebola.
« De nombreuses études démontrent que la fermeture des frontières peut ralentir la propagation d’une maladie pendant quelques jours ou quelques semaines, mais elle ne permet pas de contenir l’épidémie. La meilleure stratégie consiste à soutenir la lutte à l’épicentre de la crise ” a – t – il expliqué. Il a par ailleurs averti que de telles mesures risquent de décourager la transparence des pays confrontés à une épidémie, alors que la coopération internationale demeure essentielle pour garantir une riposte efficace.
Une visite à Bunia pour évaluer la situation
Tedros Adhanom Ghebreyesus a annoncé qu’il se rendrait ce samedi 30 mai à Bunia, dans la province de l’Ituri, afin d’évaluer personnellement la situation et de rencontrer les équipes engagées dans la riposte.
Cette mission doit permettre à l’OMS d’identifier les besoins opérationnels les plus urgents et de renforcer davantage son accompagnement auprès des autorités sanitaires congolaises.
Comprendre la récurrence des épidémies d’Ebola en RDC
Revenant sur le caractère récurrent des flambées d’Ebola en RDC, la dix-septième selon les statistiques officielles, le Directeur général de l’OMS a souligné que la lutte contre cette maladie ne peut se limiter aux seules interventions médicales.
Selon lui, certaines pratiques communautaires, notamment lors des cérémonies funéraires et des enterrements, continuent de favoriser la transmission du virus lorsque les mesures sanitaires ne sont pas respectées. Il a ainsi plaidé pour un travail de sensibilisation de proximité visant à agir sur les causes profondes de la propagation de la maladie.
Pour Tedros Adhanom Ghebreyesus, la lutte contre Ebola repose à la fois sur le renforcement du système de santé, l’engagement des communautés, l’adaptation des pratiques à risque et la poursuite d’une coopération étroite entre le Gouvernement congolais et ses partenaires internationaux.
Au-delà de l’urgence sanitaire actuelle, cette nouvelle épreuve représente également une occasion pour la RDC de consolider la résilience de son système de santé afin de mieux faire face aux futures menaces épidémiques.
Ladya’S K
